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Géopolitique Jurisnova Géopolitique · 01 août 2026 08:00

Pour ses 20 ans, Fierté Montréal promet de retrouver ses « racines militantes »

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Sous le feu des critiques l’an dernier, Fierté Montréal affirme revenir cette année, pour sa 20e édition, dans une démarche de dialogue et de réparation avec la communauté LGBTQ+.

Pour ses 20 ans, Fierté Montréal a une nouvelle équipe, une nouvelle direction et la volonté de marquer un retour aux racines, affirme d’emblée Higino Monteiro, directeur général par intérim du festival, qui se déroule jusqu'au 9 août prochain.

Ça peut paraître étrange parce que, toutes les dernières années, on a beaucoup parlé de croissance. Fierté s'est imposée comme un gros festival. Mais, Fierté, ce n'est pas juste un festival, poursuit-il.

On s'inscrit dans une histoire de marches militantes, qui étaient centrées surtout sur les besoins des communautés et le milieu communautaire.

Selon M. Monteiro, ce retour à l’esprit militant de la Fierté se reflète cette année dans la programmation qui, à ses yeux, assure une belle représentativité de toutes les communautés LGBTQ+.

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Afin de diversifier la programmation – notamment s'assurer qu’elle inclut des communautés marginalisées ainsi que des artistes locaux –, Fierté Montréal a lancé, pour la première fois, un appel à artistes, lequel a récolté 115 propositions.

L’idée, c’était d'amener de nouveaux visages, de nouveaux talents. On le sait, on est tous biaisés, donc on peut aller des fois avec les mêmes personnes, admet M. Monteiro.

On a eu beaucoup de talents internationaux, puis on les aime, puis on en aura encore, mais cette année, c’était important que la grande proportion de nos artistes soient des artistes de Montréal ou des environs.

Higino Monteiro est assis en studio, devant un micro.Ouvrir en mode plein écran

Higino Monteiro, directeur général par intérim à Fierté Montréal, affirme que 95 % de la programmation du Village est composée d'artistes locaux.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Vincent-Bouchard

En plus des spectacles d’envergure présentés sur l’Esplanade du Parc olympique, Fierté Montréal recentre cette année ses activités dans le Village, un quartier qui est historiquement au cœur des luttes de la communauté LGBTQ+. Dix jours d’événements gratuits y seront offerts tout au long du festival, souligne M. Monteiro.

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Un comité consultatif, composé de trois collectifs artistiques, a d’ailleurs accompagné Fierté Montréal dans le processus de sélection des artistes afin d’en garantir la diversité. Un deuxième comité, réunissant quatre organismes communautaires, a aussi été consulté pour formuler des recommandations, notamment en ce qui concerne l'organisation du défilé et la place accordée aux organismes participants.

À ce chapitre, Fierté Montréal assure que les organismes et les milieux communautaires seront à l’avant du défilé du 9 août, point d’orgue des festivités, afin de mettre en lumière celleux qui, en première ligne, soutiennent quotidiennement les communautés 2SLGBTQIA+.

Les discussions avec les comités se sont très bien passées, assure M. Monteiro.

Ce qu'on a senti, c'est que ça faisait du bien aux personnes d'être dans la décision, de sentir que Fierté, c'était une grande table, et que ce n'était pas juste l'apanage d'un petit groupe de personnes qui font tout le temps tout.

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Un festival alternatif de retour

Ce bouquet de nouvelles mesures se veut une réponse à la crise qui a secoué Fierté Montréal, l’an dernier, alors qu’une dizaine d’organismes lesbo-queers associés au festival avaient claqué la porte.

Ceux-ci dénonçaient entre autres une culture organisationnelle toxique, des pratiques de misogynie et de racisme, l’aspect trop commercial de la Fierté ainsi que l’absence de prise de position de l’organisation sur la guerre à Gaza.

En juillet dernier, Fierté Montréal avait finalement précisé sa position et condamnée ce qu'elle considère comme étant un génocide en cours à Gaza.

Quoi qu'il en soit, un festival alternatif, résolument militant, nommé Fierté Indomptable, est né en réaction à cette crise. L’organisation avait son propre défilé, qui s'est tenu en même temps que celui de Fierté Montréal. Ce rassemblement avait réuni environ 5000 participants, contre 12 000 spectateurs pour la marche traditionnelle.

Des manifestants tiennent une banderole sur laquelle est écrit « Wild Pride – Fierté Indomptable ».Ouvrir en mode plein écran

L'an dernier, une marche parallèle au défilé de Fierté Montréal, la «Fierté Indomptable» («Wild Pride», en anglais), avait parcouru les rues de Montréal entre la Place des Arts et le square Dorchester. Ce défilé alternatif sera de retour cette année.

Photo : Radio-Canada / Charles Séguin

Toujours dans l’optique de critiquer la commercialisation de la Fierté et d’offrir un espace sécuritaire aux personnes LGBTQ+, notamment racisées, qui ne se sentent pas représentées par le festival traditionnel, Fierté Indomptable est de retour cette année pour une seconde édition.

En plus du défilé, une programmation bonifiée de quelque 127 événements est prévue cette année, issue d’un appel à participation auprès de la communauté, se réjouit Lawrence Fafard, qui fait partie de la quarantaine de bénévoles organisant cette édition 2026 de Fierté Indomptable.

Cette année, on a regroupé les événements en différentes catégories, souligne-t-il, dont des activités sportives, des soirées dansantes ou encore des performances artistiques.

On voulait vraiment donner l'opportunité aux communautés de se représenter et de concevoir des événements par et pour leur communauté, tout en étant ouverts aux alliés, par exemple.

Des avancées, mais des questions qui persistent

Interrogée sur les démarches de réparation entreprises par Fierté Montréal, l'organisation Fierté Indomptable reconnaît que les comités consultatifs créés cette année sont un bon pas en avant, mais elle reste prudente à ce sujet.

Je suis curieux de savoir qui siège sur ces comités, dit Kamâmik Poudmaker, également bénévole pour Fierté Indomptable et artiste bispirituel autochtone. Si c'est une majorité de personnes queers blanches, les problèmes vont fort probablement persister.

Questionné à ce sujet, Fierté Montréal répond que, par souci de respecter la volonté exprimée des organismes participants, nous ne rendons pas publiques leurs identités. Nous pouvons toutefois confirmer la diversité des expertises représentées.

Parmi les collectifs artistiques siégeant au comité consultatif sur la programmation, on compte entre autres un collectif dont les activités et événements puisent notamment dans les cultures nocturnes et les communautés BIPOC [personnes autochtones, noires et de couleur], souligne le Festival.

Par ailleurs, selon Fierté Indomptable, toute la question de la commercialisation de Fierté Montréal reste non réglée.

Un client retire de l'argent à un distributeur automatique de la banque Toronto-Dominion (TD), décoré aux couleurs du drapeau arc-en-ciel de la Fierté.Ouvrir en mode plein écran

Fierté Indomptable se définit comme «anticorporatif» et finance ses activités grâce à des collectes de fonds.

Photo : Reuters / Chris Helgren

On reproche au festival de s’associer, par l’entremise de partenariats et de commandites, à des entreprises qui, aux yeux de Fierté Indomptable, perpétuent les inégalités et les discriminations.

Par exemple, Fierté Indomptable critique le fait que Fierté Montréal soit partenaire de la Banque TD, qui détient des liens financiers avec Elbit Systems (nouvelle fenêtre), une société internationale de technologies militaires établie en Israël.

Au sujet de ses partenaires, Fierté Montréal assure que, dans le processus de sélection (nouvelle fenêtre), les institutions, entreprises et organisations sont invitées à mettre de l’avant des engagements concrets envers les communautés 2SLGBTQIA+.

Le festival Fierté Montréal se déroule du 31 juillet et 9 août (nouvelle fenêtre), et Fierté Indomptable, du 31 juillet au 15 août (nouvelle fenêtre).

Une cohabitation positive aux yeux de Fierté Montréal

Le directeur par intérim Higino Monteiro indique que Fierté Montréal et Fierté Indomptable ont eu des discussions régulières au cours des derniers mois, et il voit d’un bon œil la cohabitation entre les deux festivals.

On a eu beaucoup de discussions avec la volonté que nos communautés puissent bénéficier des deux plateformes, qu’elles puissent bénéficier des activités.

Les rencontres, tenues à partir de mars 2026, ont notamment porté sur la programmation, les communications et certains enjeux logistiques liés à la tenue de nos festivals respectifs, explique Fierté Montréal. Dans ce cadre, nous avons également partagé des informations, ressources et outils, et avons échangé sur des pistes qui pouvaient être utiles aux deux organisations.

Fierté Indomptable critique toutefois le fait que ces discussions entretenues avec Fierté Montréal aient constitué, à ses yeux, du travail d'éducation non rémunéré.

En guise de réponse, Fierté Montréal dit ne pas partage[r] cette caractérisation des échanges qui ont eu lieu, tout en respectant évidemment que Fierté Indomptable puisse avoir vécu certaines discussions différemment.

Il est toutefois important de préciser que ces échanges ne constituaient ni un mandat d’éducation, ni un mandat de consultation, ni une prestation de services professionnels. Il n’y avait aucune entente contractuelle ni obligation de prestation entre les deux organisations, explique-t-on.

Une drag queen.Ouvrir en mode plein écran

Une drag queen divertit la foule lors du défilé de la Fierté à Montréal, le dimanche 10 août 2025.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Au-delà des désaccords qui puissent subsister, M. Higino se dit admiratif du travail accompli par Fierté Indomptable.

Les gens nous opposent souvent, mais, moi, j’aime dire qu’il n’y a jamais assez d’espaces pour les communautés, et c’est important d’avoir des espaces qui défendent des visions différentes.

Il admet que les mesures de réparation prises et leurs résultats sont encore très imparfaits, mais assure que Fierté Montréal entend poursuivre son travail pour répondre aux critiques soulevées. Des rencontres seront organisées à l’automne avec ses comités consultatifs afin de faire le bilan du déroulement des festivités cette année et d’ajuster le tir au besoin.

Le mot celleux est un pronom démonstratif inclusif qui combine les formes féminines et masculines celles et ceux. Il s'agit d'un néologisme issu de l'écriture inclusive et non d'un terme standard de la langue française. Cependant, comme il s'agit d'un mot qui a été employé par l'un des intervenants, nous l'avons conservé.

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