Publié le : 28/07/2026 - 00:24
Écouter - 03:39Ils ne sont ni policiers ni gendarmes, mais mènent l'enquête : généalogistes, détectives privés ou simples citoyens engagés... Cette semaine, RFI vous plonge dans le quotidien de ces limiers particuliers. Pour ce deuxième épisode, on s'intéresse aux détectives privés. En France, ils sont quelques centaines seulement à exercer ce métier, à réaliser des filatures pour traquer les arnaques à l'assurance maladie ou les adultères. Une profession transformée par l'arrivée des dernières technologies et qui se féminise. RFI a suivi une détective privée dans les rues de Paris.
Elle nous prévient d'emblée : « Je ne vais pas vous révéler tous mes secrets. » Mais Julie Catalifaud, détective privée depuis 15 ans et directrice de l'agence Vendôme Investigation, située sur la place du même nom, accepte de lever le voile sur une partie de sa méthode pour suivre une personne en toute discrétion. Nous la suivons dans les rues de la capitale française.
Une filature, c'est d'abord l'art du positionnement. La détective prend l'exemple d'une porte cochère bleue sur la place Vendôme. « Si j'avais la possibilité de me stationner à gauche de l'entrée, derrière ce camion, ce serait l'idéal pour observer la personne que je dois filer », développe l'enquêtrice.
Des particuliers et des entreprises l'appellent toute l'année. Adultères, garde d'enfant, arrêts maladie, concurrence déloyale : les dossiers varient beaucoup et impliquent une grande adaptation sur le terrain pour voir sans être vu. « On ne se déguise pas, mais on change d'apparence. On change de coiffure, de maquillage, on met des casquettes, des bonnets. On s'habille de la manière dont les gens s'habillent dans ce quartier. Il faut pouvoir se glisser dans plusieurs personnages et s'adapter au profil de son interlocuteur », confie la détective privée.
Elle a beau avoir de l'expérience, Julie Catalifaud le reconnaît : filer une personne reste un exercice difficile. La concentration doit être totale, et parfois sur plusieurs heures. Mais là aussi, il existe des outils pour ne rien rater des faits et gestes de l'individu : « Nous allons utiliser des appareils photo avec de très longs objectifs, du matériel plus discret comme des caméras dissimulées dans des stylos, des boutons de chemise. Tout dépend de la configuration. » Ce matériel, digne de celui de l'Inspecteur Gadget, peut prêter à sourire, mais il est bien utile pour recueillir des preuves : un geste affectueux par exemple, dans les dossiers d'adultère.
Féminisation et visibilité
Longtemps masculin, le métier attire de plus en plus de femmes. Elles représentent aujourd'hui un tiers des effectifs de la profession. « Les promotions se féminisent », confirme Julie Catalifaud, qui enseigne à l'École supérieure des agents de recherches privées (ESARP), l'une des quatre écoles en France qui forment les détectives privés.
Cette féminisation de la profession est une bonne chose, souligne Julie Catalifaud, notamment pour la réussite des filatures : « C'est plus facile pour moi de m'asseoir à une terrasse avec un livre ou un ordinateur. Je passe totalement inaperçue, et c'est clairement un avantage. »
Le métier de détective privé mérite désormais de gagner en visibilité, estime-t-elle : « On me demande parfois de dire quelle est ma vraie profession, car les gens ne me croient pas quand je dis que je suis détective privée. » Elle s'est donc donnée pour mission de faire connaître ce métier en multipliant les interviews et les documentaires.
Elle a aussi rédigé un livre, Profession Détective privée, Dans les coulisses des enquêtes : adultère, avarice et autres péchés capitaux, publié en mars 2026 aux éditions HarperCollins, dans lequel elle raconte les coulisses, parfois croustillantes, de certaines enquêtes.
« L'intelligence artificielle a bouleversé le métier »
Si l'enquêtrice passe la majorité de son temps sur le terrain, elle le rappelle : les investigations débutent à chaque fois dans son bureau. Son ordinateur est l'outil essentiel pour faire de l'OSINT, c'est-à-dire de la collecte d'informations accessibles à tous sur internet : « Je vais regarder les réseaux sociaux, tous les sites qui peuvent nous intéresser, et parfois, en quelques minutes, on peut retrouver la trace de la personne sur laquelle on enquête. »
Mais les nouvelles technologies, tout en étant des alliées précieuses, peuvent aussi devenir des adversaires. « L'intelligence artificielle a bouleversé le métier. On le voit avec les clients qui nous contactent pour des escroqueries sentimentales. Il y en a toujours eu, mais désormais, ces arnaques sont réalisées avec de l'IA, du morphing, ces personnes qui font des vidéos avec les visages d'autres. Tous ces éléments peuvent compliquer nos enquêtes. »
Si l'enquête débute sur ordinateur, c'est aussi là qu'elle se termine, en l'occurrence par la rédaction d'un rapport. Celui que nous montre Julie Catalifaud est barré de la mention « confidentiel » : « On tape ce qui s'est passé sur le terrain minute par minute, on note toutes les observations que nous avons faites, et on y ajoute les photos que j'ai réalisées ou que mes agents sur le terrain ont réalisées. »
Ce rapport est ensuite remis au client. S'il a été produit dans les règles, il peut servir de preuve devant un tribunal. La justice est saisie dans 80% des dossiers que traite la détective. Une preuve qui a un coût : entre 70 et 150 euros de l'heure, selon la nature de l'enquête.
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Par : Baptiste Coulon Voir les autres épisodes-
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