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Géopolitique Jurisnova Géopolitique · 01 août 2026 04:13

En vendant des armes à Israël, l'Inde risque de se rendre complice du génocide à Gaza, selon Amnesty International

Eclairage En vendant des armes à Israël, l'Inde risque de se rendre complice du génocide à Gaza, selon Amnesty International

Pour l'ONG de défense des droits humains, l’Inde continue de livrer des armes à Israël malgré le risque substantiel que ce pays les utilise contre la population de la bande de Gaza.

Publié le : 01/08/2026 - 06:13

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Pour l'ONG de défense des droits humains Amnesty International, l’Inde continue de livrer des armes à Israël malgré le risque substantiel que ce pays les utilise contre la population de la bande de Gaza.
Pour l'ONG de défense des droits humains Amnesty International, l’Inde continue de livrer des armes à Israël malgré le risque substantiel que ce pays les utilise contre la population de la bande de Gaza. via REUTERS - ISRAEL DEFENSE FORCES
Par : Anne Bernas Publicité Lire la suite

Dans son dernier rapport publié ce 30 juillet, Amnesty International révèle que l'Inde poursuit ses exportations d'armes vers Israël, ce qui entraîne un risque de complicité de New Delhi dans le drame qui se poursuit dans l'enclave palestinienne depuis trente-quatre mois. À ce jour, plus de 70 000 Palestiniens ont été tués, plus de 172 000 blessés. Depuis l’annonce du « cessez-le-feu » en octobre 2025, Israël a aussi tué plus de 1 100 Gazaouis. Parmi eux, selon l'Unicef, près de 300 mineurs.

« Il est important de documenter les États qui sont les moins connus comme fournisseurs d'armes à Israël, témoigne Aymeric Elluin, responsable du plaidoyer Armes au sein de l'ONG Amnesty International France. Le cas des États-Unis est bien documenté. Beaucoup d'attention est aussi portée sur le sujet en France, même s'il y a une opacité qui reste très forte. Il y a plus d'informations accessibles du côté américain. Un travail a été également fait sur l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, etc. Beaucoup vont découvrir que l'Inde est aujourd'hui l'un des piliers de l'industrie de défense israélienne. Jusqu'à présent dans la zone d'ombre, l'Inde est aujourd'hui mise en lumière. »

Des données spectaculaires

À la différence des États membres de l'Union européenne, qui ne sont pas forcément transparents non plus mais qui produisent des rapports annuels sur leurs exportations d'armes, l'État indien n'est ainsi pas transparent sur ses ventes d'armes.

Dans l'enquête intitulée « "Made in India": The Supply of Weapons and Ammunition to Israel » («"Fabriqué en Inde" : la fourniture d'armes et de munitions à Israël »), les chercheurs d'Amnesty ont analysé 2 596 cargaisons d’armes, de munitions, de pièces et de composants expédiées de l’Inde vers Israël entre le 7 octobre 2023 et le 30 novembre 2025. Ils indiquent que des entreprises indiennes publiques et privées ont fourni au moins 390 516 pièces détachées d’armes de petit calibre de type militaire, 564 970 composants d’engins explosifs (tels que des ogives pour drones, des douilles d’obus, etc.) et 298 composants de véhicules militaires à de grandes entreprises israéliennes qui fournissent directement l’armée.

Des chiffres spectaculaires alors que la méthodologie appliquée par l'équipe de recherche a pourtant restreint son champ d'études : elle a systématiquement exclu les données sur les cargaisons pouvant être destinées à un usage civil, ainsi que les armes, pièces et munitions susceptibles d’être utilisées pour des technologies de défense antimissile (qui servent souvent à protéger la population civile des attaques menées sans discrimination). La méthode utilisée par Amnesty, fondée sur des envois classés selon des codes spécifiques du système de classification douanière internationale, est dès lors susceptible de sous-estimer l'ampleur réelle de la contribution de New Delhi à l'armement israélien.

Le rapport montre ainsi que le gouvernement indien a établi un partenariat étroit et rentable avec le secteur de la défense israélien et est devenu un fournisseur important de la chaîne d’approvisionnement qui soutient les opérations militaires d’Israël. Compte tenu des mesures conservatoires prises par la Cour internationale de justice, qui reconnaissent un risque plausible de génocide contre les Palestiniens de Gaza, Amnesty insiste sur le fait que « les autorités indiennes ne peuvent pas affirmer de façon crédible qu’elles ne savaient pas que, si elles continuaient d’autoriser et de faciliter les transferts d’armes vers Israël, elles risquaient fortement de contribuer à de graves violations du droit international. »

Si l'Inde n'a pas signé le Traité au commerce des armes, elle est cependant liée par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Elle a donc cette obligation de le prévenir. Et parmi les obligations qui doivent se traduire en mesures raisonnables à prendre pour prévenir la réalisation d'un génocide se trouve le fait d'arrêter les transferts d'armes.

Un commerce d'armes dans les deux sens

Début 2024, quand une pluie de bombardements s'abattait sur la bande de Gaza, l'Inde avait déjà été pointée du doigt pour avoir livré une vingtaine de drones de surveillance et de reconnaissance Hermes, fabriqués sur son sol. En juin 2024, Al-Jazeera avait diffusé une vidéo de débris de missile sur lequel on pouvait déchiffrer la mention « Made in India ». Un missile lancé sur un camp de réfugiés palestiniens. De nombreux composants d'origine indienne ont aussi été découverts dans les ruines de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza : des ogives explosives pour les munitions rôdeuses de type Skystriker.

L'Inde est le troisième exportateur d'armes vers Israël après les États-Unis et l'Allemagne. Mais selon les données de l'ITA, l'administration fiscale israélienne, le géant sud-asiatique a été le deuxième fournisseur d'Israël en matière d'importations liées au secteur militaire pendant la guerre, avec une part d'environ 26 % de la valeur totale déclarée recensée dans une enquête fleuve d'Al-Jazeera sur les pays qui ont armé Israël durant deux ans. Les États-Unis demeurant sur la même période en première position, représentant plus de 42 %.

Aujourd'hui, pointe Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International, « l’Inde fabrique et fournit des armes transférées à Israël par le biais des grandes entreprises fournisseuses qu’elle détient et contrôle. Non seulement elle ne réglemente pas les exportations d’armes vers Israël réalisées par des entreprises privées comme le lui imposent le droit international et les normes internationales, mais en outre elle a renforcé son partenariat de défense avec Israël ».

En novembre dernier, l'Inde et Israël ont signé un mémorandum d'entente (MoU) sur la coopération en matière de défense visant à renforcer les liens militaires, industriels et technologiques. Parce que le partenariat militaire se fait dans les deux sens. Israël est ainsi un fournisseur majeur d’armement de l’armée indienne depuis la guerre indo-chinoise de 1962. Mais c’est surtout avec l’arrivée de Modi en 2014 que Tel Aviv s’est imposé comme un partenaire militaire incontournable de New Delhi.

Entre 2020 et 2024, l’industrie israélienne de la défense a fourni à l’Inde 13% de son matériel militaire, s’imposant, selon les statistiques de l’Institut internationale pour la recherche sur la paix de Stockholm, comme son troisième fournisseur d’armements, derrière la Russie et la France. New Delhi est désormais le plus gros importateur d'armes israéliennes (plus de 40%) et des négociations sont en cours pour la fabrication en Inde, dans le cadre des joint-ventures indo-israéliennes, de drones, missiles, radars, navires de combat et armes légères.

« Aujourd'hui, rien n'indique que l'Inde a renoncé à livrer du matériel militaire à Israël, affirme Aymeric Elluin. Nous n'avons aucune information publique indiquant qu'elle aurait renoncé à ses exportations. Les joint-ventures qui ont été créées et localisées en Inde sont là pour continuer à travailler et permettre les transferts vers Israël. La relation commerciale en matière de défense entre l'Inde et Israël est quelque chose de bien établi et certains aujourd'hui considèrent que l'Inde est un peu la nouvelle tête de pont d'Israël auprès des pays les plus avancés en termes d'industrie de l'armement. C'est un nouveau moyen pour Israël d'étendre ses marchés et de faciliter également la production d'équipements. »

Modi et Netanyahu, une idéologie en partage

En Inde, les appels à stopper la livraison d'armement à Israël sont rares. À peine une semaine après le déclenchement de la guerre dans la bande de Gaza, la firme indienne Maryan Apparel, l'un des principaux fournisseurs d’uniformes de la police israélienne, avait cependant annoncé mettre fin à son contrat. L’entreprise fournissait quelque 100 000 uniformes par an aux forces de police israéliennes depuis 2015. Une décision « d’ordre moral », avait alors indiqué le directeur exécutif, Thomas Olickal, à l’AFP.

New Delhi a refusé de se joindre à la plainte déposée par l'Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice pour violation présumée de la Convention sur le génocide. En avril 2024, l’Inde s’est abstenue de voter la décision du Conseil des droits de l’homme de l’ONU exigeant l’arrêt de toute vente d’armes à Israël. En Inde, les manifestations en faveur des populations de la bande de Gaza sont durement réprimées -à l'inverse de celles en faveur d'Israël-, et brandir un drapeau aux couleurs de la Palestine est désormais considéré comme un délit.

Depuis le 7-Octobre 2023, le régime de Narendra Modi est l'un des plus fervents soutiens d'Israël. Le Premier ministre indien, en visite en Israël quelques jours avant le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l'Iran, aurait même été averti de l'offensive qui se préparait. « L'Inde se tient au côté d'Israël, fermement, avec une conviction totale, en ce moment et au-delà », avait déclaré à la Knesset le Premier ministre indien. « L'Inde soutient Israël parce qu'elle comprend qu'Israël constitue un rempart contre la barbarie », avait ensuite lancé son homologue Benyamin Netanyahu. Le 28 février, Narendra Modi s'est contenté de partager « sa vive inquiétude » après les premières frappes mais ne les a pas condamnées.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, à droite, et son homologue indien Narendra Modi lors d'une conférence de presse à Jérusalem, le jeudi 26 février 2026.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, à droite, et son homologue indien Narendra Modi lors d'une conférence de presse à Jérusalem, le jeudi 26 février 2026. AP - Gil Cohen Magen

Si les armes se taisent prochainement dans la bande de Gaza, suite à l'annonce de la mise en œuvre de la deuxième phase du cessez-le-feu ce 31 juillet, cela ne veut pas dire pour autant que l'Inde ne sera plus impliquée dans les exactions commises par Israël contre ses voisins, en Cisjordanie occupée, au Liban ou encore en Syrie. Le rapport d'Amnesty fait référence par exemple aux mitrailleuses Negev, une arme ultra-répandue dont certains composants sont d'origine indienne ; des armes largement utilisées par l'armée israélienne. « Il y a donc fort à parier que leur utilisation n'est pas limitée à la bande de Gaza, mais que les troupes au sol ainsi que des véhicules blindés équipés de mitrailleuses coaxiales soient déployés également au Liban-sud avec les troupes à terre, conclut Aymeric Elluin. Il en va de même pour les obus de 155 mm exportés par l'Inde pour servir à l'artillerie, une artillerie également engagée su sud du Liban. Il y a donc aujourd'hui un risque, et dans tous les cas l'utilisation a déjà été avérée. »

« La Palestine appartient aux Arabes comme l'Angleterre appartient aux Anglais ou la France aux Français », écrivait en 1938 Mohandas Gandhi. Avec l'arrivée de Narendra Modi, c'est un virage à 180 degrés qui s'est opéré. Historiquement, le mouvement hindouiste s’est longtemps caractérisé par sa fascination pour les juifs et le sionisme. « De la démocratie ethnique israélienne basée sur l’identité juive et qui renvoie les non-juifs dans les marges de la citoyenneté, les hindouistes au pouvoir aujourd’hui à New Delhi ont fait leur modèle pour la reconstruction de la nation indienne, fondée par des hommes politiques laïcs et profondément pluralistes », analysait en mars sur RFI Nicolas Blarel, spécialiste de la politique étrangère indienne et maître de conférences à l’Institut de science politique de université de Leiden, aux Pays-Bas. Aujourd'hui, les deux États affichent main dans la main une alliance censée lutter contre le terrorisme à leurs frontières réciproques, tous leurs voisins étant des pays à majorité musulmane.

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