L'incendie est toujours actif lundi 27 juillet dans les régions espagnoles de Madrid, Tolède et Avila. Il a déjà ravagé près de 77 000 hectares, soit sept fois la taille de Paris. Les conditions météorologiques auxquelles sont confrontés les pompiers qui luttent contre les flammes sont moins favorables que celles de dimanche, mais la situation pourrait se dégrader à partir de mardi 28 juillet, en raison de l'arrivée d'une vague de chaleur. Et les tensions syndicales et politiques bloquent en partie la riposte prévue par le gouvernement.
Publié le : 27/07/2026 - 18:25
4 min Temps de lecture
Avec notre envoyée spéciale à Madrid, Alice Froussard
La gestion des incendies est l'un des principaux sujets de discussion en Espagne. Les habitants se demandent si le gouvernement était assez préparé, si les moyens pris pour éteindre les flammes sont suffisants ou si d'autres évacuations auront lieu, entre autres questions. Les craintes grandissent à mesure que d'autres communes sont vidées de leurs habitants.
Selon Miguel, un trentenaire qui habite à cinq kilomètres des incendies, à Villamanta, si l'Espagne est habituée aux feux de forêts, ce qui se passe en ce moment est inédit : « C'est de la folie. Personne n'est préparé à quelque chose comme ça, parce que c'est quelque chose que personne ne peut imaginer. Ce qu'il s'est passé est un désastre. Une autre catastrophe, comme nous en avons déjà connu avec les inondations meurtrières en Espagne et d'autres événements encore. »
À lire aussiIncendies en Espagne: près de Madrid, deux journées «absolument déterminantes» pour maîtriser les flammes
Des tensions politiques bloquent le pacte de Pedro Sanchez
Les incendies forestiers actuellement actifs sont les plus graves de l'histoire de l'Espagne, insistait dimanche 26 juillet Sara Aagesen, troisième vice-présidente du gouvernement espagnol et ministre de la Transition écologique.
« Nous vivons une saison des incendies extraordinairement difficile, à tel point que 153 000 hectares ont été touchés sur l'ensemble du territoire national, a-t-elle martelé lors d'un déplacement dans un centre névralgique d'opérations à Navalcarnero, dans la communauté de Madrid et près des incendies. Ces 153 000 hectares, c'est six fois plus qu'en 2025 à la même période. Autrement dit, l'année 2025 avait déjà été exceptionnellement complexe et difficile, mais cette année, les chiffres sont multipliés par six. »
« Nous ne pouvons donc pas nous permettre d'attendre : nous devons agir en amont. C'est pourquoi le gouvernement espagnol a mis sur la table, dès l'année dernière, une proposition essentielle : un pacte d'État face à l'urgence climatique. Un pacte qui nous permette d'anticiper les crises et d'être mieux préparés. J'en appelle donc, dans un esprit d'ouverture et de coopération, à ce que nous continuions tous à travailler ensemble face à ces grandes menaces qui pèsent sur une Espagne vulnérable au changement climatique. Nous devons avancer collectivement dans le cadre de ce pacte national », a insisté Sara Aagesen.
Le Premier ministre Pedro Sanchez avait annoncé ce pacte pour faire face au dérèglement climatique. Une initiative prise l'été dernier au plus fort des feux de forêt dévastateurs. Mais pour que ce pacte aboutisse, il faut un accord avec le principal parti d'opposition, le conservateur Parti populaire (PP). Son leader, Alberto Nuñez Feijo, ne semble pas vraiment disposé. Pire, le chef de file du parti d'extrême droite Vox, Santiago Abascal, allié de coalition du PP dans quatre régions, a diffusé une vidéo sur ses réseaux sociaux où il rend responsable des incendies le « fanatisme climatique » des socialistes au pouvoir. « Le fanatisme, c'est le négationnisme du changement climatique », a répondu la ministre de la Transition écologique.
À lire aussiIncendies en Espagne: «On a pris nos documents, de l'eau et pas grand-chose d'autre»
Les pompiers dénoncent l'énorme manque de moyens
Ces incendies dramatiques attisent les tensions dans plusieurs secteurs espagnols. Ainsi, les conditions de travail des pompiers forestiers régionaux sont dénonces, par exemple.
À Madrid, la présidente de la communauté, Isabel Diaz Ayuso, a fortement diminué les dépenses publiques. Résultat : la communauté manque de professionnels, car les pompiers préfèrent travailler dans d'autres régions. Dans une vidéo qui a été très relayée sur les réseaux sociaux, une bonne partie de ces pompiers réclament ainsi davantage de moyens : ils veulent des CDI à la place d'un statut précaire, ils dénoncent leur salaire d'à peine 1 400 euros par mois, et ils demandent le remplacement de leurs combinaisons vieilles de dix ans et de leurs masques périmés.
Le conflit n'est pas nouveau et dure depuis 2022. Mais les autorités accusent les contestataires d'entraver l'organisation des secours en pleine urgence nationale. Pour les autorités, ce n'est pas le moment. Mais les pompiers préviennent: ils vont continuer à intervenir « par responsabilité » jusqu'à la fin des incendies, mais reprendront ensuite leur mobilisation.
À lire aussiIncendies en France: la monoculture de pins, «une épée de Damoclès» pour les forêts
NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail
Je m'abonneSuivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI
Partager : Poursuivez votre lecture sur les mêmes thèmes :