Publié le : 30/07/2026 - 00:51
Écouter - 04:52À deux heures de Shanghai, les rizières remplacent les gratte-ciel. Dans la province du Zhejiang, le village de Huzhou accueille de nombreux jeunes urbains. Des dizaines de jeunes Chinois qui ont choisi de quitter leur emploi de bureau en ville pour devenir des « nomades digitaux », grâce aux nouvelles technologies pour travailler à la campagne. Une tendance encore marginale mais qui reflète une remise en question grandissante du modèle de réussite traditionnel en Chine.
De notre envoyée spéciale à Shanghai et Lei Yang,
Pendant des années, la trajectoire semblait toute tracée : obtenir un diplôme, décrocher un emploi stable, acheter un appartement puis fonder une famille. Mais pour certains jeunes Chinois, cette promesse ne fait plus rêver.
Yazi a 30 ans. Il y a quelques années encore, elle occupait un emploi classique en ville. Aujourd'hui, elle travaille à son compte et partage son temps entre plusieurs communautés de nomades digitaux. « J'ai commencé à réfléchir davantage à l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. J'avais surtout envie d'explorer qui j'étais vraiment. En ville, il est difficile de créer des liens au quotidien. J'avais certes des amis, mais la plupart du temps, j'étais seule. Ici, les échanges sociaux se sont multipliés naturellement, c'est une expérience très enrichissante et agréable », explique-t-elle.
Comme elle, plusieurs centaines de jeunes sont passés par ce village transformé en communauté de travailleurs indépendants. Le projet a été lancé en 2021 par Xu Song. « Dans notre société, les jeunes sont éduqués à poursuivre la réussite conventionnelle : bonnes études, bon emploi, classe moyenne, logement, famille. Ils réalisent que l'épanouissement personnel et émotionnel ne vient pas de cette réussite définie par la société. Il provient des liens d'amitié et de la vie en communauté, des choses que la ville ne propose plus », souligne-t-il.
Pour Mumu, 33 ans, cette prise de conscience est née dans son ancien bureau. « Je travaillais dans un espace sans lumière naturelle. Je passais mes journées devant un ordinateur à produire des contenus qui ne correspondaient pas à ce que je voulais exprimer. Quand je voyais le beau temps dehors, j'avais l'impression de gaspiller ma vie », confie-t-elle. Aujourd'hui, ses revenus sont parfois instables. Mais elle affirme avoir retrouvé quelque chose de plus important : le contrôle de son temps. « Je ne me sens plus simplement comme une travailleuse exploitée. Je me sens comme une personne qui vit pleinement », ajoute-t-elle.
Cette liberté a toutefois un prix. Lily a, elle aussi, quitté le monde de l'entreprise pour ouvrir un hôtel pour cyclistes. « Les revenus sont plus faibles qu'auparavant. Et j'ai même moins de temps libre qu'avant. Avant, j'avais 20 jours de congés annuels pour de longues vacances, ce qui n'est plus possible aujourd'hui », reconnaît-elle. Pourtant, elle ne regrette pas son choix. « Je ne me voyais pas continuer mon ancien métier jusqu'à 50 ou 60 ans. Dans nos secteurs, la pression est très forte. Je n'avais tout simplement pas envie de continuer cette vie jusqu'à la retraite », affirme-t-elle.
Après des décennies de croissance rapide, certains jeunes cherchent désormais un autre équilibre. Mais le travail n'est pas la seule raison de leur départ. Pour Xu Song, les grandes villes chinoises souffrent aussi d'un déficit de liens sociaux. « Aujourd'hui, beaucoup vivent dans des immeubles où ils ne connaissent même pas leurs voisins. C'est une génération qui grandit dans la solitude », constate-t-il.
À la campagne, les repas se partagent, les activités aussi. Une vie collective qui a convaincu Xicheng, ancien développeur informatique. « Avant, je rencontrais des gens, mais nos échanges restaient superficiels. Ici, j'ai rencontré des personnes avec qui je peux parler de mes projets, de mes rêves », raconte-t-il. Il affirme gagner aujourd'hui presque deux fois plus qu'avant et partage son temps entre la Chine et l'Asie du Sud-Est.
Revenir à son ancien rythme de bureau ? « Même pour le même salaire, je ne pourrais plus reprendre un travail à horaires fixes. C'est impensable pour moi », insiste-t-il. Pour ces jeunes Chinois, changer de vie ne signifie pas forcément travailler moins. Mais choisir eux-mêmes est ce qui compte vraiment.
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Par : Clea Broadhurst | RFI Voir les autres épisodes-
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