En Corée du Sud, le médicament anti-obésité Mounjaro bat des records : 1,5 million de prescriptions en seulement dix mois. Depuis son autorisation à la prescription par des médecins, ce traitement est de plus en plus détourné pour être utilisé comme un médicament minceur, dans un pays qui ne compte que 4 % de personnes souffrant d’obésité mais reste obsédé par l’apparence et le poids. Une dérive qui inquiète une partie du corps médical.
Publié le : 30/07/2026 - 17:20
2 min Temps de lectureAvec notre correspondant à Séoul, Celio Fiorreti
En Corée du Sud, ils s’appellent Mounjaro ou encore Wegovy, et les jeunes se les arrachent. Ces médicaments, normalement réservés aux personnes souffrant de diabète ou d’obésité, miment une hormone intestinale naturelle (le GLP‑1) et sont délivrés exclusivement sous prescription médicale.
Selon les chiffres relayés par les autorités, 46 % du million et demi de prescriptions ont été faites à des personnes dans leur vingtaine et leur trentaine. De jeunes adultes qui échangent en ligne sur les bons plans pour trouver ces médicaments.
« Donc, ça, c’est un salon de discussion en ligne intitulé “Maigrir avec le Wegovy”. Il y a actuellement 714 personnes qui y participent, et même au moment où je regarde l’écran, la conversation est très active en temps réel », confie cette jeune femme qui préfère rester anonyme.
Dans ces conversations, « certains échangent sur leurs expériences, les effets provoqués par le médicament. Ils y partagent les adresses des médecins peu regardants pouvant donner des prescriptions et les pharmacies où trouver du Wegovy », poursuit-elle.
Un encadrement encore minimal, des médecins inquiets
Dans ce contexte, certains médecins cèdent à la demande et prescrivent Mounjaro ou Wegovy sans réelle consultation, même lorsque leurs patients ne souffrent pas d’obésité. « Oui, nous leur prescrivons quand même. Car même si nous ne leur en donnons pas ici, ils iront se le procurer ailleurs », estime Kim Seonggon, médecin généraliste, qui signe chaque jour des dizaines de prescriptions. « Il y a aussi des gens qui en prennent pour des raisons professionnelles, comme les mannequins, poursuit-il. On préfère simplement leur donner des recommandations sur l’utilisation : “N’en prenez pas trop, cela pourrait provoquer des diarrhées.” On essaie d’être responsables, mais je n’ai jamais reçu de plaintes d’effet secondaire. »
Pour l’heure, le gouvernement sud-coréen a seulement imposé l’ajout d’une étiquette prévenant des risques potentiels sur ces médicaments. Mais une partie des médecins s'insurge contre un manque de régulation face à l'usage détourné de ces médicaments.
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