Publié le : 31/07/2026 - 00:31
Écouter - 05:00Dans l'ouest du Canada, un homme, Sébastien Arcand, a tout remis en cause à la quarantaine survenue : son couple, son travail, son identité. La crise de la quarantaine est une période qui mène parfois à des réorientations professionnelles… où des gens vont tout lâcher pour poursuivre leur rêve. Francis Plourde, notre confrère de Radio-Canada, nous emmène à la rencontre d’un urbaniste qui a quitté le confort du bureau pour la liberté du ciel.
Nous sommes à Tofino, sur l’île de Vancouver, petit village de pêche et de surf situé à l’extrême ouest du Canada. À la fin de la route, on a l’impression d’être au bout du monde. C’est dans ce décor paradisiaque au cœur d’une forêt pluviale que Sébastien Arcand a décidé de changer de vie.
« Je suis originaire du Nouveau-Brunswick et ça fait une dizaine d'années que je suis en Colombie-Britannique. Ça fait depuis trois ans que j'ai changé de carrière, je suis devenu pilote d'hydravion. » Avant de survoler la mer et les montagnes, Sébastien était urbaniste. Pendant près de 15 ans, il a connu le confort d’un bureau et d’un emploi bien payé. « Je sais pas si on doit dire que c'est la crise de la quarantaine, peut-être, mais je me suis dit : "J'ai encore 25 années au minimum à travailler. Est-ce que mes prochains 25 ans vont être assis derrière un ordinateur ?" Je savais que je devais au moins considérer s'il y avait autre chose que je pouvais faire qui était complètement différente. »
Ce changement professionnel est un renouveau pour Sébastien Arcand
Pilote dans sa jeunesse, il remet ses licences à jour. C'est en essayant l'hydravion pour le plaisir qu’il décide d’en faire sa nouvelle carrière. « J'aimais beaucoup mes collègues de mon ancien emploi. J'avais des super bonnes conditions de travail. Sur le papier, ça n'avait aucun sens, mon changement. Mais, je sais pas, je sentais quelque chose à l'intérieur de moi, fallait que je vive autre chose. »
Aujourd'hui, au bord de l'eau, Sébastien a l'impression de revivre. « On dirait qu'ici des fois ça fait pas comme un job. Aujourd'hui, c'est la journée idéale, il fait beau, on est dehors au soleil. Souvent, on travaille avec les touristes et les gens sont super de bonne humeur et on absorbe cette énergie-là aussi. »
Une fois les vents et coordonnées de vol vérifiés, c’est le temps d’aller au bureau, un Beaver de 1953, un avion légendaire du Grand Nord canadien. « La première chose que je fais, c'est de préparer l'avion. Je dois enlever l'eau des flottes. C'est important parce que l'eau, c'est pesant. » Avec son nez arrondi et ses immenses flotteurs, le Beaver permet d’accéder aux régions les plus isolées du pays.
À bord de l'appareil, des manivelles et des cadrans analogiques, seul un iPad pour aider à la navigation. Ce côté manuel et aventurier, c'est ce que cherchait Sébastien. « Piloter des hydravions sur la côte ouest, c'est un endroit qui n'est pas facile. Le premier mois ça a été très difficile, souvent en formation on voit dans des conditions un peu plus idéales. Et quand j'étais arrivé ici, j'ai comme réalisé que ce n'était pas toujours idéal. Il y a beaucoup de bateaux dans l'eau et il faut gérer tout ça. Mais mon pilote en chef a été super patient avec moi, puis il a dit : "Gars, je vois que tu es capable. On va voler ensemble jusqu'à temps que je sente que tu es confortable". Puis c'est comme ça qu'on a fait un mois de vol ensemble. »
« Je ne changerais pas ça. J'ai appris tellement sur moi-même »
Deux fois par semaine, sa mission consiste à livrer du courrier pour la communauté autochtone d'Ahousaht située sur une île au nord de Tofino. Un trajet d'à peine 10 minutes au-dessus des îles sauvages des environs. « Je pense que c'est probablement un des endroits les plus magiques qu'on peut voir en vol, parce que c'est la nature. Ça prend cinq minutes de vol, puis on est dans la nature complète », confie-t-il.
À l'arrivée, un court arrêt pour tout déposer. Avec ses colis, Sébastien transporte parfois des touristes curieux de découvrir le quotidien de ces communautés isolées du Canada. Mais changer de vie dans la quarantaine demande aussi une bonne dose d’humilité car il faut tout apprendre de zéro. « On est dur avec soi-même, on est souvent nos pires critiques. Il faut se donner la place pour apprendre et ne pas être super bon. Puis, de laisser son ego de côté un peu. Puis j'ai accepté d'être novice et de me dire que j'ai beaucoup à apprendre. »
Mais, en bout de piste, Sébastien n'a aucun regret. « Je ne changerais pas ça. J'ai appris tellement sur moi-même. « Et l'inconfort, c'est bon aussi des fois », lâche-t-il.
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