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Géopolitique Jurisnova Géopolitique · 31 juil. 2026 15:13

Brésil: «Lula est le seul candidat capable de rassembler la gauche et une partie du centre»

Entretien Brésil: «Lula est le seul candidat capable de rassembler la gauche et une partie du centre»

À 80 ans, Luiz Inácio Lula da Silva doit être officiellement investi ce dimanche comme candidat du Parti des travailleurs (PT) pour l'élection présidentielle d'octobre. Le chef de l'État brésilien brigue un quatrième mandat dans un contexte de forte polarisation politique. Son principal rival : le fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, Flávio Bolsonaro. L'analyse des enjeux de cette campagne avec Gustavo Ribeiro, politologue et cofondateur du média The Brazilian Report.

Publié le : 31/07/2026 - 17:13

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Le président Luiz Inacio Lula da Silva à Brasilia, le jeudi 28 mai 2026.
Le président Luiz Inacio Lula da Silva à Brasilia, le jeudi 28 mai 2026. AP Photo/Eraldo Peres - Eraldo Peres
Par : Achim Lippold Publicité Lire la suite

RFI : À 80 ans, Lula se présente pour un quatrième mandat. Est-ce la preuve de sa force politique ou, au contraire, de l'incapacité du Parti des travailleurs à préparer sa succession ?

Gustavo Ribeiro : Les deux. D'un côté, la candidature de Lula montre qu'il demeure la figure centrale de la démocratie brésilienne. Depuis la fin des années 1980, il est au cœur de pratiquement toutes les élections présidentielles, soit comme candidat, soit comme référence politique. Mais cette situation révèle aussi l'incapacité de la gauche brésilienne à faire émerger une nouvelle génération de dirigeants. Lula a longtemps concentré le pouvoir autour de lui et a freiné l'ascension de personnalités susceptibles de lui faire concurrence au sein du PT. Aujourd'hui, sa position de président sortant lui confère un statut de favori. Mais la question de sa succession pour 2030 se pose avec encore plus d’acuité.

RFI : Vous avez écrit dans un article récemment que « Lula ne fait plus rêver, mais il rassure ». Que voulez-vous dire ?

Nous sommes aujourd’hui dans une situation où les Brésiliens votent davantage par rejet que par adhésion. Beaucoup d'électeurs votent pour Lula afin d’empêcher le retour des Bolsonaro, tandis qu'une partie des électeurs de Flávio Bolsonaro votent avant tout contre Lula et le Parti des travailleurs. C’est le reflet de la polarisation de la société. L'élection se joue davantage sur le rejet d’un candidat que sur l'enthousiasme qu’il suscite.

RFI : Lula est-il aujourd'hui le seul candidat de gauche capable de battre Flávio Bolsonaro ?

Oui, sans aucun doute. Les autres formations de centre gauche ont choisi de se ranger derrière lui afin d'éviter une dispersion des voix qui pourrait favoriser la droite. Lula reste le seul candidat de gauche qui dispose d'une véritable stature nationale et d'une capacité démontrée à gagner une présidentielle.

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RFI : Quels seront, selon vous, les principaux axes de sa campagne ?

Lula a tout intérêt à transformer cette présidentielle en référendum sur son bilan économique. Son gouvernement a augmenté le salaire minimum au-delà de l'inflation. Et il a lancé des programmes destinés à alléger l'endettement des ménages. Son objectif est de convaincre les électeurs que leur pouvoir d'achat s'est amélioré.

En face, la droite cherche à imposer les thèmes de l'insécurité et de la criminalité. Lula, lui, exploite également le conflit commercial avec les États-Unis. Depuis l'annonce de nouveaux droits de douane américains, il se présente comme le défenseur de la souveraineté nationale face aux pressions de Washington. Au sein même du gouvernement, certains redoutent d'ailleurs une forme d'ingérence américaine dans la campagne.

RFI : Ce discours sur la souveraineté est-il susceptible de convaincre les électeurs ?

Tout dépend des catégories sociales. Les électeurs les plus modestes restent surtout sensibles aux questions économiques. En revanche, pour les classes moyennes et les milieux industriels, la guerre commerciale avec les États-Unis est devenue un enjeu concret. Dans certains secteurs, les nouveaux droits de douane menacent directement l'emploi et la compétitivité des entreprises brésiliennes. Ce discours trouve donc un écho au-delà de l'électorat traditionnel de gauche.

RFI : Malgré un bilan économique plutôt favorable, les sondages annoncent un duel extrêmement serré avec Flávio Bolsonaro. Comment l'expliquez-vous ?

Il y a plusieurs raisons. D'abord, l'époque des présidents très populaires est probablement révolue. La société brésilienne est profondément divisée. Ensuite, les bons indicateurs macroéconomiques ne correspondent pas toujours au ressenti des ménages. Depuis la pandémie, le coût de la vie a fortement augmenté, les familles sont très endettées et beaucoup ont le sentiment que leur quotidien ne s'améliore pas suffisamment.

Il existe aussi une forme de lassitude vis-à-vis du Parti des travailleurs, après plus de vingt ans de présence au premier plan de la vie politique. Enfin, le gouvernement peine parfois à convaincre les Brésiliens que ses résultats économiques se traduisent réellement dans leur vie quotidienne.

RFI : Quel groupe d’électeurs peuvent faire basculer cette élection ?

L'un des groupes les plus décisifs est celui des femmes métisses issues des classes populaires et de la classe moyenne inférieure. Elles sont particulièrement sensibles aux politiques sociales mais ne votent pas systématiquement à gauche. Les bénéficiaires des aides publiques ont généralement tendance à soutenir le gouvernement en place, par crainte de perdre ces dispositifs en cas d'alternance. C'est un électorat que les deux camps vont tenter de séduire.

RFI : Lula veut à tout prix éviter que le Brésil bascule à droite, comme beaucoup de pays dans la région. Mais au-delà de l'enjeu électoral immédiat, Lula joue-t-il aussi sa place dans l'histoire ?

Bien sûr. Une défaite compliquerait encore davantage le renouvellement de la gauche brésilienne. Mais il faut aussi éviter de faire une lecture trop simpliste des récentes évolutions politiques en Amérique latine, par exemple lorsqu’on évoque une « vague de droite » sur le continent. Chaque pays possède sa propre dynamique. Jair Bolsonaro n'a pas été élu uniquement parce que Donald Trump avait gagné aux États-Unis. Il a surtout profité d'un contexte brésilien marqué par une profonde crise politique, économique et sociale.

Aujourd'hui encore, le vote reste largement déterminé par les réalités nationales. Les électeurs choisissent rarement un candidat par enthousiasme : ils votent souvent contre l'autre camp. C'est ce qui explique, en grande partie, pourquoi cette présidentielle s'annonce aussi disputée.

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