La nouvelle présidente de droite du Pérou, Keiko Fujimori, a été investie mardi, promettant que les militaires allaient assurer le "maintien de l'ordre" dans les zones affectées par les gangs, le narcotrafic et l'extraction minière illégale. Après son serment, un groupe de parlementaires de gauche qui rejettent son investiture a quitté l'hémicycle en signe de protestation.
Publié le : 28/07/2026 - 11:59Modifié le : 29/07/2026 - 07:35
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Investie mardi 28 juillet, la nouvelle présidente du Pérou, Keiko Fujimori, a d'emblée annoncé que les militaires assumeront le "maintien de l'ordre" dans les zones affectées par les gangs, le narcotrafic et l'extraction minière illégale, l'une de ses principales promesses de fermeté.
"En cas d'état d'urgence, les forces armées assumeront temporairement la direction des opérations de sécurité et du maintien de l'ordre interne" afin de "rendre ces territoires aux citoyens", a déclaré la dirigeante de droite lors de son discours d'intronisation devant le Parlement. "Je ne suis pas venue offrir des miracles immédiats, ni des promesses creuses. Je suis venue offrir une méthode, de la discipline, de la persévérance et une voie claire", a-t-elle ajouté.
Diplômée en administration aux États-Unis, ancienne députée, Keiko Fujimori, 51 ans, avait remporté le second tour de l'élection présidentielle du 7 juin avec moins de 50 000 voix d'avance sur son rival de gauche Roberto Sanchez, après être sortie perdante des trois seconds tours précédents.
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"Je jure (...) d'exercer fidèlement les fonctions de présidente de la République que la nation m'a confiées pour la période 2026-2031", avait plus tôt déclaré la fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), condamné pour corruption et crimes contre l'humanité commis lors de ses mandats.
Après son serment, un groupe de parlementaires de gauche qui rejettent son investiture a quitté l'hémicycle en signe de protestation.
Le fujimorisme, entre conservatisme et libéralisme
Son intronisation marque le retour du fujimorisme au pouvoir, un mouvement populiste oscillant entre conservatisme et libéralisme, et qui divise les Péruviens. Avec elle, le Pérou rejoint la vague de gouvernements de droite qui progresse en Amérique latine, alignés sur le président américain Donald Trump.
Des chefs d'État de droite ou d'inspiration ultralibérale – le libertarien argentin Javier Milei, le Chilien José Antonio Kast, le Bolivien Rodrigo Paz, l'Équatorien Daniel Noboa – ou de gauche, comme l'Uruguayen Yamandu Orsi, ont assisté à la cérémonie.
"Aucun gouvernement ne pourra faire avancer le Pérou s'il continue d'alimenter la division", avait lancé Keiko Fujimori, disant vouloir la "réconciliation nationale" dans un pays où la figure clivante de son père divise le pays.
"Je n'ai pas confiance en elle, mais que pouvons-nous faire : la moitié du Pérou est divisée", a indiqué mardi à l'AFP Franklin Gonzáles, travailleur indépendant de 62 ans, dans le centre de Lima.
Crise sécuritaire au Pérou
Keiko Fujimori a mené campagne en promettant de lutter contre la criminalité, le Pérou étant confronté à sa pire crise sécuritaire depuis des décennies, alimentée par l'installation de bandes criminelles, locales et étrangères, qui s'adonnent à de l'extorsion et à des assassinats commandités.
"Ça va être une redite [de la politique] du père", estime César Fuentes, un retraité de 80 ans qui craint que ses stratégies contre l'insécurité ne débouchent sur des abus.
Issue d'une famille d'origine japonaise, la nouvelle dirigeante péruvienne entend combattre la criminalité par l'expulsion massive de migrants en situation irrégulière, la mise en place de tribunaux avec des juges anonymes et l'obligation pour les prisonniers de travailler en échange de leur nourriture.
"Je suis tout à fait d'accord" avec ses propositions sécuritaires, affirme pour sa part Nelly Vega, femme au foyer de 68 ans, qui estime vivre "dans un pays pris dans la terreur".
Au Pérou, le nombre d'homicides est passé de 1 000 en 2018 à 2 600 en 2025, et les plaintes pour extorsion ont explosé, passant de 3 200 à 26 500 pour la même période. Le sociologue David Sulmont estime que "si le gouvernement ne parvient pas à donner rapidement des signes tangibles" de lutte contre l'insécurité, "cela peut éroder rapidement sa légitimité et sa popularité".
La neuvième présidente du Pérou en une décennie
Keiko Fujimori s'est aussi engagée à combattre le phénomène climatique El Niño, qui devrait être cette année particulièrement intense et le plus dévastateur depuis 1998.
Son parti "Fuerza Popular", plus grand groupe parlementaire au Parlement sans disposer de la majorité, est critiqué pour avoir soutenu des lois d'amnistie en faveur des membres de la police et de l'armée poursuivis pour violation des droits humains lors du conflit armé interne de 1980-2000.
Des proches de victimes de la répression des manifestations contre le gouvernement de Dina Boluarte (2022-2025) lui reprochent également de protéger cette dernière face aux accusations portées contre elle.
"Ils ont gouverné ensemble (...), et ont le sang de nos proches sur leurs mains", juge Raúl Samillán, dont le frère Marco a été tué par balle lors d'une manifestation contre le gouvernement de Dina Boluarte, réprimée par l'armée en 2023.
Keiko Fujimori est devenue la neuvième présidente du pays en une décennie, et la deuxième femme à diriger le pays. Elle succède au président par intérim José Maria Balcazar.
Avec AFP
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