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Géopolitique Jurisnova Géopolitique · 01 août 2026 08:00

À l’ombre du Stade, ces installations olympiques de Montréal traversent le temps

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Bâtis pour les Jeux olympiques de Montréal, le complexe sportif Claude-Robillard et le centre d'activités Étienne-Desmarteau, situés respectivement dans les quartiers Ahuntsic et Rosemont, constituent des succès d’intégration dans le tissu de la métropole. Aux forts accents brutalistes, cette partie du patrimoine olympique perdure sans faire les manchettes.

Texte et photos : Denis WongPublié le 1 août 2026PartagerOuvrir la fenêtre de partage

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Le 1er août 1976, on clôturait les Jeux olympiques de Montréal devant près de 75 000 personnes réunies au Stade olympique. 50 ans plus tard, la silhouette inimitable de cet édifice demeure ancrée dans l’imaginaire et dans l’urbanisme de la ville.

Il est facile d’oublier toutefois l’héritage olympique de certaines installations tellement elles sont intégrées dans le quotidien de la population.

Je serais curieux de savoir combien de gens fréquentent Claude-Robillard et Étienne-Desmarteau et comprennent que ça a été construit pour les Jeux olympiques, indique Gérard Beaudet, professeur titulaire à l'école d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal. Je ne suis pas certain que cette filière-là est très connue.

Outre la construction du Parc olympique, qui inclut le Stade, la piscine et le vélodrome, trois autres nouvelles installations ont vu le jour sur le territoire montréalais.

Le bassin olympique a été construit au parc Jean-Drapeau et continue à ce jour d’accueillir des adeptes. Mais le complexe sportif Claude-Robillard et le centre d'activités Étienne-Desmarteau se retrouvent aujourd’hui en plein cœur de quartiers montréalais habités.

La façade du complexe sportif Claude-Robillard, situé dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville.
Le complexe sportif Claude-Robillard, situé dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Le complexe sportif Claude-Robillard, où l’on retrouve une vingtaine d’associations sportives et des camps de jours estivaux, permet la pratique d’un grand nombre de disciplines. En plus de sa piscine de taille olympique, le complexe inclut un aréna, des terrains de tennis, des pistes d’athlétisme, des salles pour les arts martiaux, etc.

En 2019, avant la pandémie et l’amorce de rénovations qui doivent s’échelonner jusqu’en 2029, le complexe avait accueilli 2,7 millions de visiteurs, selon les données de la Ville.

C'est extrêmement populaire et utilisé encore à ce jour, affirme Taïka Baillargeon, directrice adjointe des politiques chez Héritage Montréal. C'est intéressant parce que le lieu a un haut degré d'authenticité. Il a été très peu transformé, maintenu en assez bonne condition, puis, quand on y est, on a un petit feeling des années 1970.

Des affiches de jeunes pratiquant des sports, dans l'entrée du complexe sportif.La piste d’athlétisme intérieure du Complexe sportif Claude-Robillard.

À l’origine, le complexe a été bâti pour accueillir les épreuves de handball et de water-polo. Nommée en l’honneur du premier directeur du service des parcs de la Ville, cette infrastructure est reconnue pour son intérêt patrimonial dans un énoncé publié par Montréal en 2016.

La direction de l’urbanisme la présente comme la plus importante installation multidisciplinaire de Montréal conçue pour la pratique d’activités physiques et sportives, le sport de haute performance et la tenue d’événements sportifs, tant en espaces intérieurs qu’en plein air.

Un des facteurs de succès de Claude-Robillard, c'est la polyvalence, confirme le professeur Gérard Beaudet.

On a des gymnases et des salles de plus petite dimension qui peuvent accueillir toutes sortes d'activités, comme de l'escrime ou encore du judo. On a bien pris soin de ne pas fermer le potentiel du complexe en étant trop près des exigences spécifiques aux Olympiques, et ça explique pourquoi c'est si bien utilisé [aujourd’hui].

Portrait de Gérard Beaudet, professeur titulaire à l'école d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal, devant un mur de briques.
Gérard Beaudet, professeur titulaire à l'école d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Des monuments de bétonDes monuments de béton

Le maire Jean Drapeau, à la tête de Montréal de 1954 à 1957, puis de 1960 à 1986, rêvait de grandeur et de prestige pour sa ville. Après la construction du métro, puis l’Expo 67, accueillir les Jeux olympiques était l’occasion de cimenter le statut de Montréal en tant que ville internationale.

Dans cette aventure olympique, Taïka Baillargeon rappelle que le maire avait aussi le désir de doter le Québec francophone d'une capacité de représentation sportive, pour laquelle les infrastructures sont essentielles.

Le complexe sportif Claude-Robillard et le centre d'activités Étienne-Desmarteau sont alors construits dans deux quartiers qui viennent de connaître un essor démographique important.

« Ahuntsic-Cartierville et Rosemont se sont beaucoup développés dans l'après-guerre et les décennies subséquentes. Il y a beaucoup de jeunes familles et d'enfants. On a des besoins en termes d'infrastructures. On pense à celles-ci pour qu'éventuellement elles servent la population. »

Portrait de Taïka Baillargeon, directrice adjointe des politiques chez Héritage Montréal, devant un mur de briques.
Taïka Baillargeon souligne que les JO auront une « influence déterminante » sur la pratique sportive à Montréal et au Québec. Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Si le Stade a été imaginé comme un spectaculaire monument de béton, les installations olympiques dans Ahuntsic-Cartierville et Rosemont sont construites avec moins de fanfares.

Ce constat s’applique au centre d'activités Étienne-Desmarteau, qui a accueilli des matchs de basketball en 1976. Nommé en l’honneur du premier Canadien français à remporter une médaille d’or aux Jeux olympiques en 1904, le centre compte aujourd’hui deux patinoires, deux gymnases et une palestre sportive.

Quand on passe devant l’édifice situé sur la rue Bellechasse, on se doute peu qu’il s’agisse d’une ancienne installation olympique.

Ce bâtiment-là est très bien intégré avec l'existant, estime Taïka Baillargeon. Ça ne ressort pas tant de l'environnement. Ça se fond très bien. On est à peu près à la même époque que les stations de métro qui sont les plus proches. C'est pas très élevé, très moderne, très linéaire.

La façade du centre d'activités Étienne-Desmarteau, avec une piste cyclable en avant-plan.
Le centre a été nommé en l’honneur d’Étienne Desmarteau, premier Canadien français à avoir remporté une médaille d’or olympique, en lancer du poids de 56 livres. Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Tout comme le Stade, ces deux édifices puisent dans l’architecture brutaliste : on y travaille le béton en lui donnant des formes massives et épurées. Toutefois, la comparaison s’arrête ici, puisque l’ambition derrière le complexe sportif Claude-Robillard et le centre d'activités Étienne-Desmarteau n’était pas la même.

Ils sont construits en mode assez standard, donc avec des manières et des technologies qu'on maîtrisait déjà, souligne Gérard Beaudet.

C'était beaucoup moins téméraire que dans le cas du Stade, où là on se lançait dans un exercice pour lequel on n'avait pas les compétences, autant en termes de conception qu'en termes de construction, ajoute le professeur titulaire à l'école d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal.

La devanture du Complexe sportif Claude-Robillard, avec le détail de fenêtres verticales aux formes linéaires en béton.Les bouches d’aération de l’édifice au style brutaliste.

Prioriser ce qui existe déjàPrioriser ce qui existe déjà

Dans un contexte de changements climatiques, et après avoir vu des stades laissés à l’abandon après les Jeux d’Athènes en 2004, la durabilité à long terme est devenue une priorité du Comité international olympique (CIO). En 2015, celui-ci s’est doté d’une nouvelle feuille de route stratégique pour guider son processus d’attribution des JO.

Parmi ses recommandations officielles, le CIO indique vouloir être davantage en phase avec les besoins des villes et le comité encourage celles-ci à utiliser des installations existantes ou temporaires. Aux Jeux de Paris en 2024, 95 % des sites des épreuves répondaient à cette description.

Lors des JO de Montréal, 17 des 24 sites olympiques étaient existants ou temporaires, même si on discutait beaucoup moins de pérennité des infrastructures en 1976, remarque Taïka Baillargeon.

« L’aréna Saint-Michel, le centre Paul-Sauvé qui a été démoli aujourd’hui, le Forum, le Stade d'hiver de l'Université de Montréal, le Stade Molson de l’Université McGill, etc. Ce sont toutes des infrastructures qui étaient existantes. Certaines ont été améliorées pour les Jeux, mais elles étaient déjà là. »

Vue aérienne du stade, des spectateurs et du spectacle.
Le Stade olympique le soir de la cérémonie de clôture, le 1er août 1976 Photo : La Presse canadienne / archives

Quant au Stade olympique, son coût de construction aura finalement excédé un milliard de dollars. Québec a récemment donné son feu vert afin de rénover l’intérieur, dans l’espoir d’y accueillir des spectacles ou des événements sportifs de grande envergure. Cette décision est la suite de travaux actuellement en cours pour remplacer la toile du Stade, qui s’était déchirée en 1999 sous le poids de la neige.

Depuis le départ des Expos et du baseball en 1994, il n’y a pas eu de locataire à temps plein dans l’enceinte sportive.

Le Stade a été construit pour épater la galerie, ni plus ni moins, estime Gérard Beaudet. À l’époque, on ne s'est pas soucié outre mesure des conséquences des choix qui ont été faits, aussi bien en matière d'architecture, qu’en la capacité à éventuellement utiliser ce mastodonte après les Olympiques.

Il faut continuellement repenser ces installations pour assurer que cette intégration reste efficace et pour qu’elles puissent vraiment être mises en valeur, ajoute Taïka Baillargeon à propos de ce patrimoine bâti. Ces legs-là ne finissent jamais. On ne peut pas juste s'asseoir là-dessus.

Selon elle, le fait que le complexe sportif Claude-Robillard et le centre d'activités Étienne-Desmarteau servent encore la population à l’échelle de leur quartier respectif est une réussite pour la métropole.

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